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79ème Régiment d’Infanterie Ordre du régiment n° 79 Au pied de la « Butte du Mesnil », le 4 octobre, midi. Suivant une habitude de quatorze mois, le Colonel tient, après sept Jours de durs combats, à causer par la voie de l’ordre avec Ies Officiers, Sous-officiers et Soldats de son Régiment, à rappeler devant eux, les efforts accomplis ces jours derniers, à envisager avec eux la situation présente. Après qu’une préparation de trois jours et de trois nuits eut bouleversé en partie les organisations défensives allemandes et abaissé le moraI de leurs défenseurs, le 79ème, comme à CAPPY, à MONCHY, à la MAISON DE PASSEUR, et à la MAISON BLANCHE, s’est lancé le 25 septembre à 9 heures 15, d’un élan à l’attaque. Joignant ses forces à celles des braves du 37ème il a, pendant 48 heures lutté pied à pied dans un dédale de boyaux et de fortins et saisi l’allemand à la gorge, jusqu’à ce que celui-ci s’avoue vaincu, s’enfuie ou se rende. Tel fut, à droite du Régiment, le rôle du bataillon FAURE. A gauche, le bataillon BOUFFIN, prenant de flanc le « RAVIN DES CUISINES » devait parvenir d’un seul coup au sommet de la « BUTTE DU MESNIL »,s’y cramponner, et former un noyau que rejoindraient petit à petit, les autres éléments de la 22ème Brigade, après la conquête des lignes avancées allemandes. Pendant que la Compagnie PARIZOT, unissait ses efforts à ceux du Bataillon FAURE, pour pénétrer par l’Ouest dans les défenses du « RAVIN », les compagnies GUILLAUME , DIGOIT et BOULANGER partaient à la droite du IIème Corps, franchissaient la première ligne allemande dont les défenseurs fuyaient épouvantés et commençaient à descendre , les pentes de la DORMOISE; mais à leur gauche, un destin malheureux avait arrêté l’élan du Bataillon du IIème Corps, en sorte que le Bataillon BOUFFIN au milieu des allemands qui se ‘reprenaient, restait sans autre appui que celui trop lointain de quelques braves de la 6ème Compagnie du 79ème et d’éléments avancés du 37ème d’Infanterie. Le Bataillon BOUFFIN aurait pu reculer, il préféra exécuter fidèlement sa consigne, et conserver le terrain conquis en attendant des secours. Qu’est-il devenu ? A I‘heure actuelle, on l’ignore encore, mais le Colonel doit constater que fidèles à leurs Chefs et à leur drapeau jusqu’à la mort, les Braves du Bataillon BOUFFIN sont demeurés groupés autour de leurs Officiers, dont pas un seul n’est revenu. Le Régiment salue avec respect son 3ème Bataillon. Le 25 septembre au soir, le Bataillon FAURE <[1]> était maître de presque tout le « RAVIN DES CUISINES » à l’exception de l’îlot occidental où s’entassaient les Allemands. Ces derniers semblaient se renouveler sans cesse au débouché du boyau « Z PRIME »; il fallait donc continuer la lutte et s’emparer de ses derniers défenseurs. Ce fut la tâche du 26. Devant les efforts combinés des 5ème, 6ème et 7ème Compagnies, l’îlot allemand s’effritait peu à peu, et le 27 au matin, les derniers défenseurs de « Z prime » s’étaient enfuis par un tunnel qui fut aussitôt muré et cimenté Ainsi, maître chez lui, le 79ème reprit sa tâche ascension vers la « BUTTE DU MESNIL » par un combat pied à pied dans le boyau « Z PRIME » et dans la nouvelle piste allemande ; il s’éleva sur le sommet, jusqu’à ce ses postes fussent arrivés au contact étroit du « BOYAU DE MINDEN » qui forme comme la parapet avancé de le « BUTTE ». Le 26 après une préparation minutieuse d’artillerie, nous avons essayé vainement de pénétrer dans le « BOYAU DE MINDEN » ; le 29 au soir, nous avons tenté la lutte par surprise, à coups de grenade, la 2ème Section de la 8ème Compagnie, sous le commandement de l’adjudant MOINE, grossie d’un certain nombre de volontaires, a bondi sur la partie occidentale de ce boyau (nuit du 30 Septembre au 1er Octobre, 1 heure du matin) et a criblé de .grenades les allemands, surpris les a rejetés hors du boyau, mais elle a échoué devant le retour offensif de forces supérieures qui s’étaient réfugiées dans un boyau parallèle. Depuis cette date, rien n’a changé, sinon que les Français, consolidant leurs conquêtes, ont installé à moins de cent mètres des allemands, un nouveau front garni de mitrailleuses et de canons de tranchées, pourvu de bonnes communications, garni surtout de braves soldats résolus à vaincre. Tel, est le résumé de ces 6 Journées de combat que commanda M. le Chef de Bataillon WEILLER([2]). 170 prisonniers ([3] des lance-bombes un important matériel de toute sorte tombé entre les mains sans parler des nombreux cadavres d’allemands qui parsemaient les tranchées conquises, attestant que nos efforts ne furent pas sans résultat, Mais à la guerre, les résultats matériels sont peu à côté des résultats moraux; le vrai succès, c’est celui que nous avons conquis, en imposant notre volonté aux allemands qui se croyaient tranquilles derrière leurs organisations formidables. Ainsi, pour sa petite part, le 79ème a contribué à l’œuvre gigantesque qui se poursuit actuellement; il a mordu à l’obstacle qui se dresse devant lui et qu’il ne lâchera pas. Chacun de nous a appris que les camarades des autres régiments ont fait aussi leur devoir : 23 000 prisonniers 144 pièces de canon, le front allemand défoncé presque partout, constituent la récompense de la poussée si longtemps attendue et enfin commencée. Cette poussée n’est pas finie; il faut enfoncer les lignes allemandes et contraindre notre adversaire à reculer au loin, et à abandonner à la suite de cette bataille, une partie des territoires qu’il détient encore; ce sera l’œuvre de demain. De cette lutte d’autres enseignements ressortent, que le Colonel n’a jamais manqué l’occasion de rappeler; à savoir que la bravoure n’est pas le seul élément de succès dans cette guerre moderne, et qu’elle est impuissante si elle ne se double pas d’un travail acharné de tous les instants. On ne peut qu’admirer les travaux gigantesques accumulés par les allemands, ce tunnel qui, passant sous la montagne, leur a permis d’amener des renforts dans le « RAVIN DES CUISINES » on dépit de notre artillerie et plus tard, de retirer leurs blessés et leurs mitrailleuses sans les abandonner au BATAILLON FAURE? Imitons cet exemple, prenons pour les luttes futures; la résolution de travailler sans cesse et d’estimer la pelle et la pioche à l’égal du fusil. La bataille est à moitié gagnée, il faut vaincre et nous vaincrons. Avant de transmettre à ceux qui viendront renforcer plus tard, les rangs du Régiment, les Noms de tous les Braves qui se sont distingués à l’attaque de la « BUTTE DU MESNIL » le Colonel tient à affirmer une fois de plus qu’aucun des efforts accomplis n’est demeuré stérile et que sans doute de tous les prodiges d’héroïsme, celui qui, dans l’avenir, demeurera le plus fructueux, est l’effort du Bataillon BOUFFIN, parce qu’il est allé suivant sa consigne, imprimer ses baïonnettes au cœur même des positions aIlemandes, implantant dans l’âme de l’ennemi de demain, un sentiment d’admiration et de terreur dont nous récolterons le bénéfice lors des prochains combats. Le Colonel a demandé des récompenses pour un certain nombre de braves, qui se sont particulièrement distingués. Dès maintenant, il cite à l’ordre de la grande famille qu’est le Régiment : Le 3ème Bataillon du 79ème Régiment d’Infanterie. Sous la conduite de M. le Commandant BOUFFIN, de MM. les Capitaines GUILLAUME, du Lieutenant HERANGE, et de tous ses Officiers, s’est élancé d’un élan magnifique à l’assaut de positions allemandes; a escaladé la « BUTTE DU MESNIL », l’a dépassée, atteint le chemin de fer de Ripont, violemment contre-attaqué s’est refusé à reculer et est demeuré presque tout entier au milieu de l’ennemi, groupé fidèlement autour de son chef de Bataillon et de ses Officiers, dont pas un seul n’est revenu. La 2ème SECTION DE LA 8ème COMPAGNIE (Adjudant MOINE) et les VOLONTAIRES QUI S’Y ETAIENT JOINTS. Est montée, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre l’assaut d’un. tranchée allemande, fortement défendue et l’a attaquée à coups de grenades, y a pénétré, s’y est maintenue pendant 2 heures 1/2 d’un combat opiniâtre, contre des forces, supérieures en nombre et ne s’est retirée qu’après avoir perdu les trois-quarts de son effectif ; a montré dans cet effort une résolution et une discipline digne d’admiration. LES OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, CAPORAUX ET SOLDATS DONT LES NOMS SUIVENT, POUR LE MOTIF SUIVANT ; « Au cours des combats livrés peur la possession de la « BUTTE DU MESNIL » du 25 Septembre au 1er Octobre, ont montré les plus belles qualités de bravoure, de ténacité et de discipline ». OFFICIERS.
SOUS-OFFICIERS, CAPORAUX ET SOLDATS :
Le Colonel est heureux de citer à l’ordre du Régiment, M. le Chef de Musique, LACHET Alphonse. « Présent au front depuis le début de la campagne, n’a pas cessé de prêter au service de santé régimentaire, et à maintes reprises en des régions très exposées, le concours le plus actif et le plus dévoué. Le LIEUTENANT-COLONEL, PÉTIN, commandant le 79ème d’infanterie. Signé : PÉTIN Récit du colonel MARGOT [1] Le Bataillon DELMAS (1er Bataillon) était appelé le 26 à la droite de la IIème division; ce Bataillon réserve de la 22ème Brigade, n’avait eu à s’engager le 25 que par sa 3ème Compagnie, qui avait tenté bravement un essai infructueux pour faire tomber « Z prime » [2] Le Colonel dirigeait lui-même les opérations de la 22ème brigade du 23 septembre au 1er octobre. [3] La 22ème Brigade a fait 700 prisonniers, conquis 4 mitrailleuses et de nombreux lance-bombes. |
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